Focus sur : Marc Dantan – Palavas America

17. octobre 2016 Focus 0
Focus sur : Marc Dantan – Palavas America

Il y a deux écoles lorsqu’on aborde la photo de rue : celle du noir et blanc, tendance années 50 française et toute la bande de la photographie humaniste, Willy Ronis, Robert Doisneau, Izis ou Edouard Boubat en tête… et ceux qui préfèrent la couleur, à l’américaine. C’est le cas de Marc Dantan qui va plus volontiers piocher du coté de William Eggleston, Joël Meyerovitz ou encore Stephen Shore pour ses images que dans notre héritage national. Chez les photographes qui battent le pavé, on peut également identifier deux sortes de snipers : ceux qui ne jurent que par le 50mm de Cartier-Bresson et ceux qui préfèrent le 35mm. Marc, lui a choisi notre 35mm, le F1.4 DG HSM | Art, pour réaliser toutes les images de sa série Palavas America.


Nous vous avons découvert via les séries Palavas America, largement inspirée, thématique oblige, de l’école 70s américaine : William Eggleston et Stephen Shore en tête. Une visite sur votre site et on se rend compte que vos influences sont bien plus nombreuses que cela. Parlez-nous un peu de votre parcours de photographe.

J’ai commencé la photo à l’adolescence mais c’est tardivement, en 1999 que je me suis vraiment lancé. J’ai d’abord été exalté par la macro et la photographie de nature ! J’ai découvert Edward Weston, Karl Blosfeldt et d’autres grands naturalistes. C’est donc grâce aux livres photos que j’ai pu commencer à comprendre l’étendue et la complexité de la photographie En 2005 J’ai pu travailler sur un premier livre où il a fallu être très polyvalent et apprendre sur le tas ! J’ai continué à me nourrir par les livres et découvert les coloristes américains qui m’ont véritablement passionné. Eggleston reste pour moi le maître absolue de la couleur. J’ai continué mon parcours en faisant du reportage, de la nature morte et des choses très diverses.

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Une autre spécificité de votre site, et donc de votre parcours, est que vous mélangez sans complexe les travaux de de commande et vos séries persos. N’est-ce pas trop dur de concilier les deux ? De trouver la motivation de sortir faire des images quand on a déjà passé la journée l’oeil collée dans le viseur ?

Ce n’est pas évident mais c’est pour moi indispensable. On ne s’exprime vraiment qu’au travers de son travail personnel. Il faut en effet trouver l’énergie et faire abstraction du doute qui est omniprésent pour repartir mais c’est un vrai bonheur de déambuler au hasard de la lumière et de parfois se sentir en osmose avec le monde. C’est un vrai privilège, il ne faut pas l’oublier. C’est très excitant, on part à la pêche sans aucune idée de ce que l’on va ramener.

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On sait les photographes pro moins sensibles à la question de budget et plus enclin à acheter un objectif de la même marque que leur boitier. Comment êtes-vous venu aux optiques SIGMA ?

C’est avec un 105 macro Sigma que j’ai démarré en 1999 et que j’ai travaillé sur un premier livre « Tomates d’hier et d’aujourd’hui ». On ne s’est plus quitté pendant longtemps car j’ai enchaîné d’autres livres et il m’a vraiment beaucoup servi. Pour Palavas America, j’ai décidé de me lancer avec un 35mm. J’ai lu d’excellentes critiques sur la nouvelle gamme Art Sigma et son prix m’a décidé. J’ai trouvé là l’outil et le pinceau qu’il me fallait. C’est un facteur très important dans la photographie de trouver l’outil idéal que l’on oublie et qui est le prolongement de votre œil. Je me suis senti totalement libre et la qualité des images m’a enchanté. Je ne suis pourtant pas un obsédé de la technologie mais je dois dire que j’ai vraiment été impressionné et je ne peux plus m’en passer !

Palavas est une série non dénuée d’humour qui fait la part belle aux situations difficile à saisir. La photo de rue, au-delà du mythe de l’instant décisif cher à HCB est surtout une école de la patience. Combien de déclics et d’images pour une série d’une trentaine de photos ?

Ce n’est pas tant le nombre d’images mais les heures passées à déambuler dans Palavas qui sont déterminantes. Il ne faut pas compter ses heures et s’investir autant que l’on peut, alors parfois la magie opère. Certains jours on pense avoir fait de bonnes images et être totalement déçu et d’autres avoir le sentiment de ne pas y arriver et de rentrer avec 5 bonnes photos ce qui est un exploit ! La photo est un art très mystérieux… Il m’a fallu le mois d’août pour faire la partie « summer time » avec une moyenne de 30 à 40 photos par jours pour 2 ou 3 sélectionnées.

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Alec soth affirme à ce sujet que faire des images représente 50% de la photo, et que l’editing représente la seconde moitié du travail. C’est d’ailleurs souvent une étape cruciale et un mur pour certains photographes qui n’arrivent pas toujours à organiser leur collection de “bonnes photos”. Quels conseils donneriez-vous à un photographe qui souhaite se lancer dans une série cohérente ?

La première chose, c’est d’y croire ! Même si le doute est toujours présent, il faut aussi avoir une bonne dose de certitudes quant au sujet auquel on s’attaque. J’utilise le mot attaque car il s’agit bien d’un combat avec le réel. Il ne faut pas trop idéaliser la captation de « l’instant décisif » en dilettante, il faut être très concentré et se battre avec le réel quand vous pensez avoir un poisson ! Pour l’editing c’est en effet une phase complexe et douloureuse. Il faut être impitoyable avec sois même. Jeter 80% de ses images n’est pas une mince affaire et peut s’avérer parfois décourageant. Ne pas hésiter à laisser passer quelques jours, ça aide à prendre du recul et à y voir plus clair. Je m’aide aussi d’une large marge blanche pour faire mes choix, ça donne un peu d’air à l’image et permet un meilleur jugement.

Pourquoi être passé d’un format 8×10, donc celui d’une chambre, dans Palavas America : Prelude, au format 24×36 pour les deux “épisodes” suivants ? Il est plus habituel de nos jours de voir des photographes profiter de la résolution des boîtiers reflex modernes pour imiter le grand format et ses ratios d’images.

J’ai réalisé le prélude avec un Mamiya 6×7 pro II . C’était pour moi l’épreuve obligatoire pour attaquer le paysage. C’est un matériel lourd, contraignant mais qui vous apprend beaucoup sur la pratique lente de la photographie. C’est après trois ans que j’ai pu constituer cette première partie qui m’a donné envie de poursuivre en numérique. J’ai fait des essais avec un 24x70mm mais j’ai vite compris que ça ne marchait pas ! J’avais en réalité trop de possibilités d’angles de vues. J’ai donc décidé de m’essayer au 35mm en format 24×36. Je me suis tout de suite senti à l’aise et totalement libre. J’ai compris qu’il fallait être mobile et m’investir physiquement quand on sent quelque chose plutôt que de zoomer.

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Retrouvez l’intégralité de la série Palavas America. Summer Time, ainsi que les séries Palavas America. Out of Season et Palavas America. Prélude sur  le site web de Marc Dantan


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