Club Foveon #10 – Olli Bery / Éditions Seriti

Club Foveon #10 – Olli Bery / Éditions Seriti

A quelques jours du vernissage de son exposition THE TOLL qu’il présente dans le cadre du festival PhotoMed, le photographe Olli Bery s’est livré à l’exercice de l’interview autour de quelques mots clefs que nous lui avons soumis. L’occasion de revenir sur son passé de reporter, ses projets à venir et de nous en dire un peu plus sur sa relation avec ses dp et le capteur Foveon.

Bonjour Renaud, merci pour ton invitation à partager mon expérience.

Afin que les lecteurs puissent bien appréhender l’expression déterminée de mon engagement vis à vis de mon métier, de mon œuvre et de la photographie, laisse-moi tout d’abord citer Xavier Martel, grand spécialiste de la photographie japonaise et historien d’art vivant au Japon à propos de mon travail :

[pullquote align= »full » cite= »Xavier Martel » link= » » color= » » class= »firstClass » size= »16″] »À qui de droit : J’ai eu l’occasion à plusieurs reprises de m’intéresser au travail d’Olli Bery, qui a su me séduire, notamment dans son engagement récent avec et pour les éditions Seriti.

J’aimerais aujourd’hui attirer votre attention sur la qualité de son regard et de son langage photographique.

Olli Bery est, me semble-t-il, actuellement un des photographes qui arrive le mieux possible à dépasser l’idée de « cliché » si répandu dans la production contemporaine internationale. Son travail, particulièrement exigeant et sans concession, saisit l’instant aussi bien que la durée.

Olli Bery est un des rares représentants de la recherche photographique actuelle plongeant ses racines dans la Subjektive Fotografie aussi bien que dans l’oeuvre de Nakahira Takuma (中平 卓馬) et se nourrissant de l’esprit des pionniers de la photographie, tels Hippolyte Bayard, Henri Le Secq ou Gustave Le Gray… Olli Bery fait partie des rares photographes contemporains qui mérite toute notre attention, et précisément la vôtre. »[/pullquote]

Avoir un texte aussi élogieux de la part de ce grand intellectuel de la photographie est le résultat d’un immense travail, d’une grande constance qui sont à l’image de ce qu’est la photographie à mes yeux : un sacerdoce, commencé il y a 16 ans et exprimé avec férocité depuis 4 ans et demi au travers de l’œuvre photographique CRUSADE, dont THE TOLL est la seconde partie.

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Si je dois partager des éléments fondateurs dans ma carrière en cours, j’en citerais 4 essentiels :

1- Je viens du punk hardcore et ma vie à changé quand j’avais 14 ans.
Les premiers Transworld SKATEboarding et Thrasher (magazines légendaires américains de skateboard) que j’ai eus datent de 1987 et m’ont ouvert l’esprit (le cœur aussi) à de nouveaux mondes plus libres, plus vifs intellectuellement que celui dans lequel je vivais alors. Ces magazines publiaient des articles (pas seulement limités au monde du skateboard), des photos de skate, des interviews avec des pro-skateurs et des groupes de musique qui changèrent les rêves du gamin que j’étais.

Ces contres-cultures très fortes où l’engagement personnel et l’expression de convictions profondes étaient des comportements ordinaires, façonna très jeune mon désir d’intégrité (j’ai commencé ma carrière en travaillant beaucoup dans mes milieux culturels originels: en étant le photographe officiel du Furyfest qui est devenu l’incontournable Hellfest pendant des années, en travaillant avec des magazines et marques de skate français lors de tournées nationales ou avec des fameux labels américains ou belges en réalisant des clips et des photos pour le célèbre collectif Belge Church of RA qui a en son sein des groupes comme Amen Ra, Oathbreaker etc..)

[pullquote align= »left » cite= »Olli Bery 05/2016″ link= » » color= »#111a30″ class= » » size=50″ »] »Je peux affirmer sans sourciller que le Foveon est le capteur le plus sauvage avec lequel j’ai pu travailler, dissimulé sous une forme sublimement austère. »[/pullquote]

L’éthique DIY (Do It Yourself/fais-le toi-même) vient de ces mouvements (à ne pas confondre avec le gimmick mercantile et mainstream actuel utilisé en photographie, pour tout et surtout n’importe quoi) L’idée originelle est de donner le meilleur de soi-même, de ne rien attendre de personne pour faire ce que l’on a à faire. C’est une magnifique idée morale d’émancipation et d’apprentissage personnel.

30 ans après, je peux t’assurer que mon énergie et mon ardeur viennent toujours de là (tout comme ma manière de communiquer sur mon travail et mon personnage public)
J’entends trop de photographes se plaindre de ne pas « avoir les moyens » de faire des choses. Quel non-sens caractéristique de la société actuelle; un photographe ne doit rien demander, ni rien attendre de personne. Il doit faire selon ses envies à condition de travailler dur tous les jours, en apprenant et désapprenant sans cesse. Si ce n’est pas le cas, il doit se considérer comme un utilisateur d’appareils photo et revoir ses ambitions à la baisse.

2- Initialement je suis un photoreporter connu pour avoir travaillé pendant 6 ans partout en Europe, dans les milieux les plus durs, les plus radicaux et les plus fermés de la Libération Animale. J’ai couvert une « guerre silencieuse » qui faisait (et fait encore malheureusement) 6 milliards de morts par an, et contre laquelle luttent des êtres humains qui risquent parfois jusqu’à 10 ans de prison (!!!) pour avoir libéré un singe d’un laboratoire. Si cela vous fait sourire, laissez-moi vous rappeler que l’activisme pour le Droit des Animaux était considéré en Angleterre et aux États-Unis il y a quelques années comme une « menace terroriste domestique » numéro 1 avant Al-Qaeda (C’était avant les ravages causés par DAESH et j’imagine que les choses ont changées au vu des événements géopolitiques actuels).

J’ai pris une place à part à mesure que mon engagement grandissait. J’ai passé des années sur la route avec des activistes de l’ALF (Animal Liberation Front), du SHAC (spécialisés dans les actions contre les grands groupes pharmaceutiques), des HUNT SABOTEURS (qui bloquent les chasseurs – j’étais là avec 20 militants lors du premier blocage en France face aux fusils armés, les comportements agressifs type « Tire dans le tas ! »,et des gendarmes médusés…), du SEA SHEPERD (son capitaine Paul Watson a trouvé refuge en France), avec les ANTI-FURS devant chez Harrod’s à Londres, mais aussi pour PETA (lors d’un tour anti KFC en Europe central notamment), aux côté de ceux qui soutenaient les prisonniers politiques…

Je suis devenu le « Vegan War Photographer » pour bon nombre de personnes et la presse est revenue à moi naturellement. Mes photos ont terminées sur des couvertures de livres traitant du sujet. J’ai même été consultant pour la télévision française (la dernière émission que j’ai faite avec Canal+ pour « l’Effet Papillon » est dans les archives de l’INA). France 2 m’a même rappelé en 2011, alors je vivais en Belgique. Il est intéressant de noter que la plupart de ces discours, considérés comme « extrémistes » à mon époque, se banalisent et se diluent au sein de la société, que les gens prennent conscience de plus en plus de ce qu’ils mangent et de la nécessité de réfléchir afin d’appréhender le futur différemment, ce qui est une excellente chose à mes yeux. Le savoir libère plus qu’il n’emprisonne.

Ces années de travail et de contraintes sans filet, jamais je ne pourrais les regretter. Si tu es fiché à Interpol ou Europol en défendant tes convictions professionnelles, c’est la preuve que tu fais bien ton job.

Le dernier workshop que j’ai donné, c’était en Norvège dans une école publique entourée par la police, devant 200 militants du monde entier triés sur le volet.

J’ai partagé mes photographies et ma démarche avec eux en leur expliquant comment prendre une meilleure photo lorsque tu portes une cagoule alors que tu es rentré par effraction et que l’alarme sonne. Tu as alors quelques minutes pour documenter la situation et libérer des animaux destinés à une mort certaine dans d’inutiles souffrances, en risquant potentiellement des années de prison pour cela (NB: ce n’était pas des français et si la peine ne vous choque pas, dites-vous que pour le viol d’un enfant en France la sentence sera moins lourde).

Un de mes plus beaux souvenirs de Photographe engagé.

3- La vie de l’homme et du photographe que je suis n’a jamais été de tout repos et un matin, après avoir posé le pied sur une dernière mine intime, j’explosai enfin.
Une nouvelle vie m’attendait… »et la rue me reprit » comme l’exprima si bien Louis Ferdinand Céline. Après cette dernière et l’Éco-terrorisme, ce fût la mode qui m’accueillit.

Le contact direct d’une connaissance m’amena à travailler en exclusif pour deux des plus grandes agences de mannequins au monde :

  • FORD Models Europe (devenu PREMIUM Models depuis)
  • WOMEN Management Paris (Également Dominique Models à Bruxelles)

Ce fût parfois plus dur que d’éviter les coups des polices européennes, mais très instructif et encore une fois très formateur. C’était en 2010 et la révolution était en marche dans les boîtiers photo. Nous fûmes parmi les premiers avec mon frère à proposer des portraits courts filmés d’une minute, afin de compléter le portfolio des mannequins.

Deux heures de tournage sans artifices par tous les temps pour une minute de montage final sans autre moyen que ton talent et ta réactivité pour obtenir ce que l’on attend de toi.
C’est dans cet exercice que j’ai encore développé ma nécessité de travailler vite et avec précision au travers d’une trentaine de portraits réalisés à l’époque entre le jardin des Tuileries, le quartier de l’Opéra et le jardin du Luxembourg à Paris, échappant là encore aux gardiens et autres surveillants, mais certainement pas à mon destin.

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4- CRUSADE
Le début de mon œuvre photographique réelle démarra avec une photographie monolithique unique, somme de toutes mes expériences émotionnelles et professionnelles, un matin de février 2012 où je n’avais plus rien à perdre. Les mots de Kris Kristofferson trouvèrent l’écho que j’attendais depuis longtemps dans le viseur: « la liberté, c’est un mot de plus pour plus rien à perdre ». J’ai mis 12 ans à arriver à cette photographie. Tout ce que j’avais vécu humainement ou professionnellement ne fût qu’une préparation pour m’emmener à Elle.

En faisant cette photo, tout changea immédiatement, j’ai su que j’abandonnais ce que j’avais été, non pas en l’oubliant mais en le densifiant encore plus au travers d’une recherche constante et d’un mysticisme plein de noblesse. Une œuvre ne peut se photographier comme un sujet, c’est une conviction beaucoup plus intime à exprimer. Et cette première photographie irradie encore toutes les autres de son aura aujourd’hui.

[pullquote align= »right » cite= »Olli Bery 05/2016″ link= » » color= »#111a30″ class= » » size=50″ »] »Un photographe ne doit rien demander, ni rien attendre de personne. Il doit faire selon ses envies à condition de travailler dur tous les jours, en apprenant et désapprenant sans cesse. Si ce n’est pas le cas, il doit se considérer comme un utilisateur d’appareils photo et revoir ses ambitions à la baisse. »[/pullquote]

Une détermination et une certitude absolue s’ensuivirent et l’on commença à murmurer mon nom dans la Photographie Française qui redécouvrait mon existence. (J’étais toujours resté loin de ces milieux trop politiques pour moi où chaque clique détient un pseudo pouvoir décisionnel sur une autre, tout en marquant mon temps partout où je passais).

CRUSADE est un Acte Photographique au langage soutenu qui n’a de cesse de dévorer les dogmes de la photographie que sont l’instant et la temporalité.
C’est parce que je viens du reportage (où l’instinct prime) que j’ai pu détruire méthodiquement mes acquis, puis les faire ressurgir avec une plus grande maîtrise technique, me permettant ainsi de ne plus photographier ce que je vois, mais uniquement ce que je ressens.

L’œuvre est en cours, remarquablement exploitée par Marie Lan, directrice des Éditions Seriti, avec qui je suis associé depuis 2013. Marie Lan est un des grands talents dans la photographie actuelle, au profil unique et intègre, indépendante et digne. Elle est également cadre à la Direction Image de la maison CELINE et nous avons affiné ensemble ces dernières années une manière nouvelle d’explorer le récit, de raconter le travail des autres et de partager nos compétences avec d’autres photographes comme Thomas Dworzak, Jérôme Sessini et Gueorgui Pinkhassov de Magnum Photos, Alain Keler-Prix Eugene Smith 1997, Philippe Dollo/Hans Lucas, Fabio Sgroi et aujourd’hui avec Didier Ben Loulou.

 

NOIR ET BLANC

Effectivement, je ne photographie qu’en noir et blanc car pour moi cela correspond à la mystique personnelle dont j’ai besoin pour m’exprimer.
Nota bene : le noir et blanc est aussi un acte de défiance vis à vis de la presse française qui pendant mes années de reportage refusait souvent les photos si elles n’étaient pas en couleurs… Bien évidemment quand Libération est venu me chercher pour une double page l’année dernière, elle était en n/b

Paul Sonthonnax écrivait en 1953 que « le renouvellement de notre vision par le blanc et noir, n’est pas achevée ». Ses mots (et d’autres) sont systématiquement utilisés dans mes expositions, afin que le spectateur comprenne bien que les idées que je défends dans ma photographie ne viennent pas de nulle part, et surtout pas de la modernité actuelle. De nos jours, chacun s’improvise photographe sans connaître ni respecter le glorieux passé de la photographie. Si l’on reprend encore les écrits de Sonthonnax, on peut noter que la définition qu’il donne de la « photographie du dimanche » correspond à la manière dont « travaillent » la plupart des « pros » aujourd’hui : « Si tout le monde n’a pas le pouvoir d’interpréter ce qui est vu, tout le monde peut et désire fixer les spectacles chers. (…) Hors de toute fastidieuse considérations esthétiques, les règles de fixation de telles images devront surtout mettre en valeur la facilité de réalisation, la fidélité de restitution, l’exploitation maximum du résultat obtenu. »

Je ne serais jamais un de ceux qui ne respectent pas une vieille dame lorsqu’elle est en difficulté.

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INFLUENCES

Les mots des photographes ont été plus importants que leurs images à mes débuts, et je vais partager avec toi 3 citations:

« Aime les gens et fais le leur savoir « 
Ces mots de Robert Capa devraient être la première chose à enseigner aux apprentis photographes et que l’on devrait rappeler aux photoreporters actuels.
Je vois rarement de l’amour dans les viseurs et cela me posera toujours un problème éthique.
Vous avez une responsabilité morale face aux autres, ne l’oubliez jamais.

« Je hais l’art, je veux que mes images puent un peu.»
Un de plus grands dont je ne peux écrire le nom sans être toujours saisi par une immense émotion. Ces mots de Don McCullin m’ont accompagné depuis le moment où je suis devenu photographe et plus encore depuis que CRUSADE a commencé.
Je suis devenu un vrai photographe grâce à cet Homme et ses mots vibrent en moi lorsque je travaille. Le beau sans propos ni sens, sans férocité (pour reprendre le terme de Francis Bacon) n’est qu’une contemplation stérile.

« L’excellence n’a pas besoin de publicité. »
Je ne sais plus qui l’a dit, mais c’est mon ADN professionnel.
Pas de compromis, jamais. Prendre un appareil sans apprendre et désapprendre à chaque fois est une hérésie pour moi. Lorsque tu commences, tu dois accepter le fait que tu ne sais rien, que tu n’es rien et que pour devenir quelqu’un il faudra énormément de travail.

Derrière l’excellence doit toujours se trouver l’humilité et la conscience de ses limites. La photographie n’est pas quelque chose à prendre à la légère. C’est l’erreur que ce métier entretient aujourd’hui: les amateurs se prennent pour des pros et les pros se comportent comme des amateurs. Personnellement je ne fais que défendre mon métier comme le faisaient les anciens avant moi; jusqu’à mon dernier souffle, avec mon appareil autour du cou, un propos clair, un travail et des convictions affirmés.

[pullquote align= »left » cite= »Olli Bery 05/2016″ link= » » color= »#111a30″ class= » » size=50″ »] »Si tu es un bon photographe, bravo. Et maintenant quoi ? Il faut maîtriser ton flux, formaliser tes intentions au travers d’un rendu, partager ton travail intelligemment et le faire vivre au quotidien, tout en sachant l’exploiter sans le trahir. »[/pullquote]

Je ne peux pas dire que j’ai une quelconque influence directe vu mon niveau actuel, mais j’aime les confrères dans lesquels je retrouve certaines de mes valeurs.

En France il reste très peu de vrais photographes avec une œuvre digne de ce nom, mais je citerais Stéphane Duroy de l’agence Vu’, Claude Iverné, fondateur d’Elnour Documents et Didier Ben Loulou.
J’aime aussi comment Raymond Depardon revient aux fondamentaux de la photographie, filmant les gens avec pudeur et délicatesse de profil afin de laisser la parole reprendre le dessus.

Le son et la parole, c’est ce que l’on n’entend pas sur une photographie et qui pourtant sont omniprésents entre le photographe et son sujet, dans toutes les situations.
Qui d’autre… ? Des photographes historiques accessibles à tous et toutes: Paulo Nozolino, Don McCullin, Ray Metkzer, Ernst Haas, Alex Webb, Harry Callahan…tant et tant de maîtres du cadrage (qui se perd tellement de nos jours). Inutile de faire une liste sans fin, mon propos n’étant pas de banaliser des œuvres superbes.

Quant aux photographes japonais ou russes dont je suis très proche de par la noblesse de la recherche, je ne donnerais aucun nom. Ces photographes et leur œuvre se méritent. Seuls celles et ceux vraiment intéressé(e)s par l’humilité de leur recherche auront accès à des merveilles sans égales.

Enfin, je citerais aussi dans les gens que je respecte, Louie Palu (Canada) et Sébastien Van Malleghem (Belgique) qui sont des amis, et peuvent être pris en exemple par ceux qui voudraient comprendre très facilement ce que représente le mot engagement chez un vrai photojournaliste à mes yeux.

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PROCESSUS/RENDU

Si on analyse mon travail, il y a deux parties :

La première est la chronologie de ma survivance sur une période donnée.
2012-2014 : début dans l’étouffement de Hong Kong et fin dans la renaissance du feu du Newroz, nouvel an Kurde à Diyarbakir

La seconde est le testament de mes expériences cumulées et, en ce sens, le rendu de la série devait l’être également. Le résultat actuel n’existerait pas sans le Foveon, c’est simplement un fait et une certitude.

Le choix de ce capteur au travers du dp2 Quattro était un acte conscient et réfléchi dès la fin de CRUSADE. Je savais qu’il recelait d’immenses possibilités que je pourrais/voulais explorer, et notamment celle de travailler en RAW monochrome, indispensable pour répondre à mon immersion émotionnelle toujours plus grande vis à vis de la série.

Je peux affirmer sans sourciller que le Foveon est le capteur le plus sauvage avec lequel j’ai pu travailler, dissimulé sous une forme sublimement austère.

D’autres marques ont essayé de me démarcher, pas la peine: je suis en Sigma. Le jour où je rencontrerais Kazuto San à l’usine SIGMA au Japon, cela sera un honneur de pouvoir lui serrer la main ainsi que celle des ingénieurs qui ont développé (et continuent de faire évoluer) le Foveon.

Je suis passé en numérique en 2006, et venant de l’argentique, le début fût violent. La technologie de l’époque n’était pas au point, mais je savais que si je voulais continuer à travailler à mon rythme et il fallait que je m’adapte. J’ai choisi le gré plutôt que la force. C’était le bon choix.

J’ai vu beaucoup d’excellents photographes dont le niveau général a diminué considérablement en utilisant des boîtiers numériques. C’était étonnant mais c’était la preuve qu’il ne suffisait pas simplement de changer de technologie, il fallait aussi changer sa perception générale en remettant de l’affect dans des outils qui s’en voulaient soi-disant dépourvus.

Cela demande énormément de travail que de développer une identité forte en photographie, et en 2016 c’est exceptionnel.
10 ans après ces débuts laborieux, je maîtrise effectivement aujourd’hui parfaitement ma chaîne de production, ma communication et l’exploitation de mon travail sous toutes ses formes au travers de Seriti.

« Une photographie n’existe que lorsqu’elle est imprimée » disait Daido Moriyama. Il faut bien se rendre compte de cela.
Je ne travaille bien évidemment qu’avec des laboratoires pros et, à chaque fois, nous avons le même émerveillement avec les tireurs en découvrant le résultat papier.

Un rappel simple: la plupart des photographes sont terriblement seuls.

Si tu es un bon photographe, bravo. Et maintenant quoi? il faut maîtriser ton flux, formaliser tes intentions au travers d’un rendu, partager ton travail intelligemment et le faire vivre au quotidien, tout en sachant l’exploiter sans le trahir. Le projeter sereinement dans le futur en trouvant des alliés sérieux et adaptés à ton niveau professionnel tout en te faisant connaître mondialement.

Ça n’est pas donné à tout le monde et cela ne l’a jamais été, soyez-en assurés.

La photographie est bien plus qu’un métier, c’est un engagement à vie avec lequel je ne plaisante jamais.

 

PHOTOMED

J’ai commencé THE TOLL en juillet 2014.

La seconde partie de mon œuvre est une appréciation esthétique active de la pauvreté.
C’est également un manifeste écrit dans un langage photographique soutenu qui est l’expression formelle de mes convictions transcendantalistes. Je viens du reportage et je n’abandonnerais jamais le réel (contrairement à ce que j’ai pu lire récemment) mais je le photographierais cette fois d’une manière qu’il soit à la fois reconnaissable et inhabituel.

[pullquote align= »right » cite= »Olli Bery 05/2016″ link= » » color= »#111a30″ class= » » size=50″ »] »C’est parce que je viens du reportage (où l’instinct prime) que j’ai pu détruire méthodiquement mes acquis, puis les faire ressurgir avec une plus grande maîtrise technique. »[/pullquote]

Photomed est le Festival International de la Photographie Méditerranéenne et c’est un festival qui ne cesse de progresser dans son intention d’avoir une cartographie très large de la photographie pratiquée dans cette zone.

Chez Seriti nous sommes très sensibles à la manière dont notre intégrité est respectée, et chacune de nos interventions est le résultat de plusieurs mois de travail pour s’assurer que le résultat partagé avec le public sera à la hauteur de nos exigences.

Cela ne m’intéresse pas d’avoir un travail de curation sur mes photographies s’il n’est pas explicitement réalisé par Marie Lan. Nous sommes des visionnaires, des élitistes et des activistes professionnels, nous n’avons plus de temps à perdre avec des gens qui s’improvisent à des postes qu’ils ne maîtrisent pas. Les responsables du festival ont été très à l’écoute de nos remarques durant la préparation et je les en remercie.

C’est une belle opportunité de partager 21 tirages magnifiques au travers d’une solide narration avec le public, tout en continuant à consolider les liens qui m’unissent à SIGMA France et SIGMA Japon depuis maintenant quasi 2 ans.

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SERITI

Juste après le festival, nous allons travailler avec notre ami Massimo Carrozzo lors du Festival Imprudences à l’église Saint Merri (Paris). Célèbre clarinettiste et compositeur électro-acoustique, il a contribué à l’émergence de la scène expérimentale à Paris et en Italie depuis une vingtaine d’années. Puis, je continuerais la prochaine phase de THE TOLL en juin dans le sud.

Fin juillet nous serons en Corse pour une résidence avec Christian Ruspini (un excellent comédien de théâtre), en collaboration avec les affaires culturelles de la ville de Bastia, afin de travailler sur un nouveau document autour de l’artiste en situation. Cela sera un retour au reportage non formel dans les quartiers populaires et bourgeois afin de rencontrer l’autre, ce merveilleux inconnu.

Nous travaillons également avec Didier Ben Loulou depuis quelques mois à l’élaboration d’un ouvrage très ambitieux, très fort.

Nous choisissons les projets sur lesquels nous nous investissons avec beaucoup de soin afin d’obtenir un ensemble toujours très cohérent. C’est un luxe simple que nous avons décidé de nous octroyer afin de travailler désormais uniquement avec des gens intelligents et très professionnels.

(Je tiens aussi à préciser pour les lecteurs, que ma relation avec SIGMA n’est pas d’ordre mercantile, je ne mets pas un logo près de mon entité professionnelle pour faire joli.
Elle est le résultat d’une volonté commune et d’une certitude partagée au travers d’un dialogue intelligible et respectueux entre un fabricant Japonais, le seul dans cette industrie à manufacturer encore l’intégralité de ses produits sur l’archipel, entreprise familiale n’appartenant qu’à elle-même, et d’un photographe partageant les mêmes valeurs d’authenticité et de rigueur.)

http://www.olli-bery.comhttp://www.editions-seriti.com


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